L’Intelligence Corporelle
Le corps possède une sagesse et une intelligence qui dépassent notre intelligence intellectuelle. Comme une horlogerie d’une finesse extrême, le corps fonctionne selon des mécanismes subtils, des rythmes parfaitement ajustés. Le travail somatique consiste à créer les conditions pour que le corps puisse faire ce qu’il sait faire naturellement, plutôt que de lui donner des ordres.
Comprendre le Trauma
Définition élargie du trauma
Le traumatisme n’est pas seulement l’événement lui-même, mais ce que le corps a dû faire pour survivre et les traces laissées dans le système :
- Contractions et tensions inconscientes
- Respiration bloquée dans le diaphragme
- Mouvements inachevés (mouvements contrariés)
- Larmes ravalées
La réponse intelligente du corps
Quand l’expérience est « trop » (trop vite, trop tôt, trop intense) ou « trop peu » (manque de soutien, de ressources, de disponibilité émotionnelle), le système nerveux garde l’énergie de survie à l’intérieur et attend d’être suffisamment en sécurité pour la libérer. Cette stratégie de survie d’abord, puis guérison ensuite, témoigne d’une sagesse immense.
Manifestations physiques
Le trauma vit littéralement dans le corps :
- Contraction des muscles
- Tonus des tissus
- Rythme de la respiration
- Circulation (lymphe, sang)
- État des fascias et articulations
- Motilité des viscères
La Psychologie Somatique
Principes fondamentaux
- Conception anticartésienne : unité corps-esprit (contrairement à Descartes qui séparait les deux)
- Psyché et soma ont une importance égale
- On utilise l’esprit pour être davantage dans le corps (observer sensations, pensées, images, souvenirs)
- Différent du yoga : pas de préparation à la méditation, mais exploration de l’expérience totale
Objectif
Ressentir de plus en plus avec l’entièreté de notre expérience, donner assez de sécurité au système nerveux pour libérer l’énergie de survie bloquée et compléter les mouvements contrariés.
Perspective Historique
Pionniers occidentaux
- Wilhelm Reich (né en 1897) : concept d’armure corporelle, tensions formant une ceinture dans le corps. Déjà au XIXe siècle, il affirmait que la restauration d’une respiration pleine et d’une circulation fluide est essentielle au bien-être psychologique.
- Contemporains : Alexander Lowen, Peter Levine, Stephen Porges (théorie polyvagale), Gabor Maté, Bessel van der Kolk (« Le corps n’oublie rien »)
Sagesse ancestrale
Bien avant le XIXe siècle, les cultures traditionnelles comprenaient déjà ces principes :
- Médecine chinoise : émotions associées aux organes (chagrin/poumons, peur/reins, colère/foie)
- Ayurveda : ventre comme siège des émotions
- Cultures autochtones : libération du stress par tremblements, pleurs collectifs, rituels, respiration, rythme, toucher, mouvement
Le fardeau cartésien
Descartes a instauré la séparation corps-esprit, probablement renforcée par la vision chrétienne du corps comme péché. Ce fardeau culturel de 500 ans nous fait arriver au travail somatique avec l’idée que l’esprit dirige tout et que le corps ne fait que suivre.
Validation Scientifique Actuelle
Des études mesurent maintenant les paramètres physiologiques des émotions avec imagerie cérébrale avancée. Une étude japonaise (2026) basée sur 24 autres études cartographie où s’expriment les émotions dans le corps :
- Corps entier : peur, tristesse, dépression
- Tête : surprise, moralité, joie
- Tronc : empathie, morale, amour
- Jambes : tristesse également
Le Figement et la Guérison
Le figement est caractérisé par des tensions corporelles et un ralentissement physiologique (état dorsal du système nerveux). Sortir du figement nécessite d’augmenter la capacité du système nerveux à supporter progressivement les sensations.
Cartographie Corporelle du Trauma
Hanches, jambes, articulations
- Architecture du mouvement et de l’action
- Quand la fuite n’a pas pu se faire : jambes lourdes, hanches raides, genoux faibles, jambes agitées
- Approche : toucher doux pour réactiver, demander au corps ses besoins (mouvement ou immobilité)
Diaphragme et poitrine
- Pont entre respiration et ressenti
- Se contracte quand pleurer n’était pas permis ou qu’il fallait être fort
- Manifeste par respiration courte, cage thoracique serrée, tensions jusqu’à la nuque, possibles migraines
- Particulièrement affecté chez l’aîné (montrer l’exemple) ou le cadet (force silencieuse demandée)
- Dans ARISE : deux approches – observer la respiration naturelle et modifier consciemment (breathwork)
Cou et nuque
- Lieu de l’attachement (quelqu’un tenait notre tête avant qu’on sache marcher ou parler)
- Tensions liées aux relations précoces
Principes du Travail Somatique
Ce qu’il faut comprendre
- Pas un ordre : ne pas commander au corps, mais créer les conditions
- Humilité et curiosité : seul le corps sait ce dont il avait besoin lors du trauma
- Métaphore du jardinier : mettre en place les conditions pour que la plante pousse, pas fabriquer la plante
- Pas une fabrication : ne pas essayer de contrôler, mais accompagner
Ce que demande ce travail
- Se libérer du fardeau culturel cartésien
- Désapprendre notre éducation influencée par cette culture
- Connaître les concepts (système nerveux autonome)
- Offrir au corps : lenteur, contenance, présence attentive
Signaux de guérison
- Changement de température
- Picotements
- Envie de bouger (même subtile)
- Soupirs spontanés
- Vagues de détente
Message Central
Le corps ne trahit pas – c’est de la fidélité, de la loyauté. Les symptômes ne sont pas des échecs mais des instincts interrompus, des réponses de survie incomplètes. Quand on comprend et incarne cette sagesse profonde du corps, une relaxation se produit, et c’est dans cette micro-relaxation que la guérison peut avoir lieu. Le corps a toujours un mouvement vers la guérison – il suffit de créer l’espace sécuritaire pour qu’il puisse le faire.



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